Par Guy Pascal NGOMA PHANZU
Avocat  

«  Le coronavirus est une réalité et nous devons nous prémunir car ses conséquences sont dévastatrices »

Emile  de  GIRARDIN disait «  Gouverner c’est prévoir  et ne pas prévoir, c’est courir à sa perte»[1]

Alors que tous les Etats  du monde  ont pris  à temps des  dispositions  idoines pour prévenir la propagation du coronavirus , virus dévastateur  du genre humain, la République Démocratique du Congo  a pris les siennes dans un retard  non excusable et surtout du fait des tâtonnements entretenus au départ   ayant  jeté un doute dans l’opinion.

Quoi qu’il en soit, nous saisissons la balle aux bonds pour applaudir les mesures annoncées par le Chef de l’Etat afin de mettre la population à l’abri de cette pandémie aux conséquences affreuses ; par ailleurs nous pensons modestement qu’il sied de les accompagner sinon les achever par des mesures complémentaires  de peur qu’elles ne soient désuètes  d’une part et qu’elles soient d’autre part à l’origine d’un problème socio-économique pouvant également entrainer des morts.

I.Etat de la question

Devons-nous rappeler que l’économie congolaise est extravertie ?

a. De la fermeture  des frontières

Cette mesure est  idéalement très bonne mais créera dans le contexte congolais un problème économique  en ce sens que l’économie congolaise est alimentée principalement par des importations ; 

Dans un pays qui ne produit presque pas, la fermeture des frontières doit avoir absolument  des conséquences sur le plan de la gestion économique. 

Que dire du non rassemblement de plus de 20 personnes dans des endroits publics ?

Encore une bonne mesure mais pour laquelle  nous assistons  malheureusement à la non adhésion populaire et ce, pour des raisons économiques et financières ; il sied de rappeler que la Population congolaise dans sa majorité, vit au jour le jour et que lui demander de ne pas sortir, c’est  la contraindre à mourir anticipativement avant même   que le coronavirus ne l’ait atteint.

b. De la fermeture des magasins, des terrasses,  de certaines industries et autres ?

Ces lieux ci-haut cités, sont  parmi les facteurs favorisant la contamination  de ce  virus et ce en raison de la promiscuité qu’ils créent ;

Par ailleurs il se dégage un problème à plusieurs volets : la charge du paiement des loyers pour les commerçants-locataires, les frais d’électricité et d’eau pendant ce temps (indigestions éventuelles entre Bailleurs et Locataires …)

Dans le lot de ces problèmes, se signale également l’absence de production  sinon la faible production pour les industries  avec des conséquences dans l’assiette fiscale de l’Etat ; comment résoudre la question de la charge fiscale  pour certains  impôts  cédulaires tels que les IPR, les IRL etc. ?

c. De la limitation du nombre dans les transports en commun ?

Mesure salvatrice mais inefficace dans la pratique en raison  du fait que l’Etat n’a pas le monopole dans ce secteur  mais aussi la corruption  des agents commis au suivi de ces mesures (eux-mêmes très affamés) ;

Le transporteur privé étant un commerçant, il n’est guidé que par la recherche du lucre à n’importe quel prix malheureusement ;

Le prix du carburant n’étant pas encore revu à la baisse, cette mesure en ce qui le concerne paraitra comme de l’épée dans l’eau.

II. CONSEQUENCES SUR LE PLAN ECONOMIQUE, FINANCIER ET SOCIAL A ATTENDRE

  1. Inflation (hausse généralisée des prix); 2. Hausse du taux de change; 3. Diminution de la production; 4. Transformation de la faim en famine; 5. Renforcement de l’incapacité pour l’Etat à intervenir ; 6. La non observation des mesures édictées par le chef de l’Etat (malheureusement) …

III. MESURES COMPLEMENTAIRES ou pistes de solutions

Plusieurs Etats ont  décaissé des sommes colossales en vue de juguler les conséquences économiques de cette pandémie à travers   des mesures de compensation financière, tel est le cas des Etats Unis[2].

La RDC  ne disposant pas de tels moyens au regard du caractère fragile  de son économie, doit miser sur des solutions atypiques voire adaptables à sa situation dont nous proposons quelques-unes :    

  1. La prise des mécanismes de compensation financière et alimentaire à travers notamment la rationalisation des finances publiques et la diminution en cette période du train de vie des membres des institutions tant au niveau national que provincial ; 2. La diminution de la taille du gouvernement ; 3. L’accompagnement fiscal des entreprises pour qu’elles ne tombent pas en situation difficile ; 4. Le renforcement des mesures pour la lutte contre la corruption et la fraude fiscale ; 5. La prise en charge des frais d’électricité et d’eau ; 6. La surséance pour des raisons d’utilité publique du payement des loyers pour la durée de l’observance de ces mesures ; l’attribution d’une compensation financière aux bailleurs en ordre avec l’Etat (ceux dont les contrats de bail sont enregistrés) ; 7. La création des comités communaux de sensibilisation au respect des mesures  prises par le chef de l’Etat ; 8. La dotation spéciale aux éléments de la police commis pour l’application de ces mesures ; 9. L’affectation dès à présent des sommes d’agent en renforcement au système sanitaire en vue de prévenir la prise en charge  d’éventuels malades conformément à la crainte de l’OMS sur l’Afrique ; 10. L’appel à la solidarité humanitaire de tous les congolais et résidants congolais  afin de résorber tant soit peu  le problème alimentaire dont va certainement souffrir la population pendant ce temps, par la création de points communaux de ravitaillement ;

 Au terme de ma contribution,  je ne puis avoir la prétention d’avoir rencontré tous les problèmes, par ailleurs à titre indicatif, ce document peut constituer une des bases principielles en vue d’aider les pouvoirs publics à compléter leurs mesures et ce à toutes fins utiles

 Tous les yeux  regardent, peu observent, très peu voient. «  Albert Sanchez Pinol »

[1] Emile de Girardin, la politique Universelle, 1852

[2] Les Etats Unis par  leur  Président Donald  TRUMP, ont décaissé Mille milliards de Dollars Américains